Java, entre encens et soufre

Des Parisiens des Années folles qui « faisaient la java » à Serge Gainsbourg qui invite à s’aimer « en dansant la Javanaise », voilà une île qui titille bien l’imaginaire par son parfum d’exotisme. Jakarta, sa tentaculaire capitale, rebute pourtant les touristes qui gagnent bien vite le centre et l’est de Java. Le rythme de vie et les paysages y sont doux, les richesses, tant naturelles qu’architecturales, évidentes.

Le plateau de Dieng, juché à 2000 mètres, associe temples et volcanisme. La route semble border un village ininterrompu tant la densité est forte. Seul, le vert des rizières en terrasses se détache des maisons coiffées de tôle. Les repiqueurs s’affairent tandis que des femmes agitent sacs et bâtons pour effrayer les sauterelles et les oiseaux.

Au-delà de 700 mètres d’altitude, la végétation tropicale reprend ses droits. Sur les bas-côtés, les hortensias bleu clair rivalisent avec les cloches soyeuses des daturas. Les temples de Dieng sont les premières grandes constructions de l’île, au VIIIe siècle. En partie remontés, les cinq petits édifices de sombre andésite reprennent en sculptures et bas-reliefs les croyances hindouistes : l’association du masculin et du féminin via le phallique  linga et le yoni, Vishnou aux quatre bras monté sur l’aigle Garuda, les têtes de géant et de dragon…

Cet inquiétant cortège trouve de sinistres échos dans la marmite naturelle qui bouillonne tout près. La vapeur chaude et soufrée prend à la gorge tandis que l’on cuit des œufs dans les filets d’eau autour de la mer en fusion. À peine protégées par un mouchoir, des vendeuses proposent de la poudre volcanique blanche ou noire aux indéniables vertus esthétiques.

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