Les couleurs du Maroc

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Jusqu’à la moitié du XXe siècle, le kif était même en vente libre dans les débits de tabac de Tanger. Une tolérance qui contribua en partie à la réputation sulfureuse de la ville blanche, pivot de la vie mondaine internationale dans les années 1930 et 1940. On y croisait alors des artistes et des écrivains, mais aussi des espions, des banquiers et des diplomates : Joseph Kessel, Jean Genet, Samuel Beckett, Tennessee Williams, Rita Hayworth, Aristote Onassis… Plus tard, Tanger eut les faveurs des Rolling Stones et d’Elizabeth Taylor.

Ouverte à de nombreuses influences – européennes, arabes, africaines et berbères -, la ville portuaire bénéficiait d’une aura romanesque. Les immeubles Art déco autour de la place du Grand Socco en témoignent.

Tanger, de l’art à bon port

Tombée en désuétude pendant le règne d’Hassan II, qui reprochait au nord du royaume sa propension à la rébellion. Tanger s’est réveillée avec Mohammed VI. Le vieux cinéma Rif, avec sa façade des années 1950, a été rénové et transformé en cinémathèque. De grands chantiers ont été engagés comme la zone franche et le port de commerce Tanger-Méditerranée. Malgré ce lifting, les vieux Tangérois ont gardé leurs habitudes.

Ils paressent aux terrasses des cafés du Petit Socco, et sur la terrasse des Paresseux en surplomb du port. Ils fument toujours le kif dans de longues pipes, alors que les jeunes qui rêvent d’Europe ou d’Amérique adoptent jeans, maquillage et portables. Au coucher du soleil, tous se retrouvent sur les hauteurs de la ville ou sur les terrasses du café Hafa qui descendent vers la mer. On y boit un verre de thé à la menthe en observant les bateaux de croisière et les ferries qui traversent vers l’Espagne, à 15 kilomètres.

Par beau temps, les côtes espagnoles semblent à la portée de main. On se remémore alors la Vue sur la baie de Tanger peinte par Henri Matisse. Et pour retrouver ces couleurs qui ont tant inspiré les peintres orientalistes, on déambule dans la kasbah. En se promenant dans ses ruelles exiguës, devant les portes en bois et les habitants affairés, on a l’impression de voir des tableaux s’animer. À la nuit tombée, l’agitation ralentit, la baie s’éclaire, le chant du muezzin s’élève, Tanger retrouve son aura romanesque et mystérieuse. Comme si le temps s’était arrêté.

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