Les perles cachées de la Pologne

Varsovie, la capitale, mais surtout Cracovie, ont fini par cacher les perles de cités secondaires. en voici cinq, charmantes et mystérieuses, égrenées entre Silésie et Poméranie.

Aimer un pays, c’est s’infliger l’éloge de ses joyaux les plus évidents. l’amoureux de l’Italie, le fan de l’Espagne s’agacent dès qu’on vante Venise ou Barcelone. Je n’ai plus la patience d’un panégyrique de Cracovie, sublime Versailles polonais avec son palais royal, ou de Varsovie aux remparts brocardés par Brel. Chaque fois, j’ai entendu dire : « Oui, mais… et Stettin ? » De Stettin, je ne peux parler : m’y rendre reste un rêve inassouvi. Comme ce fut le cas, l’une après l’autre, des pimpantes cités « secondaires » de cette Pologne, éternelle en dépit de trois partages et de cent annexions. Pologne écrite par touches, avec la plume du casque de ses hussards, l’aiguille de ses brodeuses blondes ou les blanches et les noires de pianistes à noms en « ski ».

À Poznan, rynek contre zamek

Sur le rynek de Poznan, les écoliers mettent la main en visière à 11h57 : ils guettent le combat des biquettes que l’horloge du ratusz – l’hôtel de ville- promet pour midi. Un cuisinier ayant fait brûler le rôti du roi, il vola deux chèvres dans le pré voisin. Entendant qu’on affûtait le coutelas, les bêtes filèrent jusqu’au balcon du ratusz pour jouter à coups de cornes sous l’œil du souverain. Amusé, il leur accorda sa grâce, et depuis, ces automates cliquettent et refont le match.

Rynek et ratusz sont le centre civique de toute cité libérée des humeurs féodales. Poznan l’a bâti en carré de façades chatoyantes, tel un nuancier de papier peint. Au centre, le ratusz brandit ses statues comme un lâcher de colombes, légèreté qui fait contrepoids au zamek voisin, château néoroman de Guillaume II, dû à l’auteur de l’église du Souvenir de Berlin. Ses chapiteaux coniques, ses dragons glapissants, dans un style plus wagnérien qu’aérien, rappellent que l’Ouest polonais fut longtemps la Prusse.

Souvent ratusz et rynek s’appelaient rathaus et markt (marché) jusqu’en 1945. Écartelée entre âme polonaise, empereurs germains et tsars russes,  la Pologne porte la marque de ses voisins. Au sud de Poznan, Wroclaw ( alias Breslau) s’est établie sur un délicieux archipel de l’Oder, uni par les agrafes de 112 ponts. Sous le ratusz, nous entrons dans l’immense caveau à bière aux plafonds ornés de figures animalières roussies par les fumets de jarret au chou que dégustaient ici Goethe, Bismarck ou Fallersleben – Le Rouget de Lisle allemand.

Breslau n’était plus polonaise depuis le XIVe siècle. Pourtant, non loin de l’université, à qui les Habsbourg ont offert les voûtes baroques de la salle Léopoldine, nous savourons l’Ossolineum, la bibliothèque la plus polonaise au monde : 1,7 million de documents sur l’histoire nationbale. Elle est venue de Lviv en 1946 avec 250 000 Polonais : Staline venait d’annexer la cité à l’Ukraine, « invitant » sa population à déménager vers Breslau en ruines, dont les 300 000 résidents allemands déguerpirent…en RDA.

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